mercredi, 26 mars 2008

Ne me quitte pas…

1464429699.JPGHier, j’étais un peu énervée. C’était la veille de ton conseil de classe. Le trimestre dernier, tu étais en tête de classe mais tu n’as pas eu les félicitations. Pour la 1ère fois. J’en ai fait un drame parce que ça m’a choquée. Je suis parent délégué, et je ne m’attendais pas à une telle levée de boucliers contre mon Nabil, si sage, si studieux, si fort, si mûr. Trois fois félicité l’année dernière. Le concert de tes profs, le verdict implacable : « Trop bavard ».
Quoi, mon Nabil, bavard ?!?
Bon, passé le choc, et l’énervement, je t’ai parlé. On s’est entendu, tous les deux. Sans heurt. Tu m’as promis que, et puis voilà, je t’ai cru, je t’ai laissé faire….
Et puis, hier, à la veille du second conseil de classe, j’étais un peu stressée. J’avais peur pour toi. J’ai un peu crié mais j’ai vite regretté et je suis passée te voir dans ta chambre. Je voulais t’embrasser et te rassurer avant que tu ne t’endormes.
J’ai entendu ta voix ;
- Tu parles avec quelqu’un, Nabil ?
- Oui  je suis au téléphone…
- Excuses-moi… Bonne nuit…
Je suis sortie doucement, étonnée de t’avoir vu sous ta couverture, parler si tard au téléphone, dans le noir…
- C’était ma mère… heureusement, si c’était mon père, il m’aurait battu…
Je m’immobilise, frappée par la dureté de cette phrase. Tétanisée…
Quoi ? Qu’est-ce que tu racontes mon petit garçon ? Ton père ? Battu ? A qui tu parles ? De quoi ?
Je n’arrive plus à bouger. J’ai du mal à respirer… Je tends l’oreille. C’est mal de t’écouter parler à je ne sais qui mais je ne peux plus bouger. J’ai mal à la poitrine.
- L’autre jour, mon père m’a tellement frappé que j’ai reçu un coup dans mes parties. Après, j’ai pissé du sang et du sperme !
Qu’est-ce que c’est que cette histoire Nabil, ton père ne t’a jamais frappé !?! Je ne comprends plus. Je cours dans notre chambre, referme la porte derrière moi : « Tu as frappé Nabil ? Ne mens pas, il vient de le dire au téléphone à une amie. Il a eu du sang… » Ca dégénère. Je n’écoute même pas les réponses. J’ai besoin d’un coupable. Et c’est toi, petit mari, pacifique et adorable mari qui démêle les cheveux de la petite, qui te lève la nuit pour donner le biberon, qui change la couche des bébés, qui fait la vaisselle quand nos bonnes se barrent, c’est toi le monstre sanguinaire armé d’une ceinture qui bat mes enfants derrière mon dos.
Bagarre de merde !
Je me dis que c’est certainement à cause de la multiplication de ce genre de scènes que certains couples pètent. Je bats en retraite et retourne tendre minablement l’oreille derrière ta porte, la porte de mon ex-bébé qui grandit, qui me quitte déjà. J’ai trop mal. Je sens que c’est fini, que ce téléphone signe la fin de quelque chose…
C’est dur, Mimi.
- Tu vas me dire qui c’est ?
- …
- Et me donner un indice ? Est-ce qu’elle est dans ma classe ?
- …
- Si tu mens je vais me suicider. Tu sais, j’en suis capable, l’autre jour, j’ai voulu le faire, j’ai regardé par-dessus la rampe et je me suis dit que ce n’était pas assez haut. Puis, que j’allais faire trop de mal autour de moi mais j’ai failli le faire…
Mais qui c’est cette pute de merde qui parle à mon bébé et lui laisse entendre qu’il y a une fille qui est amoureuse de lui mais dont elle ne veut pas lui dire le nom !!!
Je suis effondrée. Dimanche, tu m’as piqué une petite crise : « Je n’ai pas d’amis, pas de vrais amis, les autres se moquent de moi, de ma manière de m’habiller, de me coiffer » Je t’ai consolé comme j’ai pu en insultant ces connards qui apprennent à leurs enfants déjà le culte de l’apparence, du gamin voyou. J’ai insulté tous ces connards de parents qui lâchent leurs gosses.
- Quoi, toi tu étais amoureuse de moi l’année dernière ? Et tu ne m’as rien dit ? Pourtant, t’es pas timide, bordel… !
- …
- Non, j’en ai rien à faire de ce que les autres pensent de ma manière de m’habiller et je vais pas mettre du gel dans mes cheveux tous les jours. Je m’aime comme je suis…
Mais c’est qu’elle en train d’en remettre une couche cette salope de Bouabdelli. Ca y est, je sais qui c’est maintenant. Une petite qui s’est retrouvée à poil avec deux mecs de sa classe cette année. Tous les parents (normaux) en ont parlé. Cette histoire a fait le tour du lycée. A peine 12 ans. Elle fait des concours avec sa petite bande de traînées comme elle, elles chronomètrent les baisers avec les garçons, sèment la zizanie entre des copains d’enfance, des pétasse déjà bien entraînées. Je croyais que tu ne lui parlais plus…
Des dizaines d’images défilent : tu as 8 mois et je te traîne derrière moi, dans une petite luge bleue… tu viens de naître et tu t’endors en me tétant, je m’endors aussi, ta bouche glisse mais tu continues à aspirer ma peau, je me réveille avec un bleu énorme sur le sein, je suis émerveillée… je te porte sur mon dos, dans ta chaise et je t’emmène prendre ton premier bain de mer… ton premier jour d’école… je suis seule avec toi.
Je te consacre chaque seconde de ma vie, sans pitié. Rien ne doit venir gâcher ce qui me lie à toi. Tu perds ton papa. A deux mois à peine, tu n’as plus que moi. Et tellement de choses que nous partageons…
Il vient me chercher dans la chambre de la petite où j’ai trouvé refuge : je ne peux plus parler. Il sait et se contente de me tendre la main : « Viens ! »
Merci mon petit mari mais c’est trop tard.
J’ai peur. La peine et la crainte s’installent, s’immiscent, me pénètrent et j’accepte ce viol sans réagir.
Je vous déteste tous. C’est ça ! C’est ça les enfants ! On leur donne tout et après ils nous font passer pour des merdes ! Des parents criminels qui battent leurs enfants ! C’est fini. Je ne vais plus me préoccuper de vous ! Je vais vivre ma vie. Sortir, voyager…
Je suis révoltée. Je n’accepte pas !
Je suis triste. Nabil, mon bébé, je t’aime plus que tout. Il n’y a pas un instant de ma vie où je pense à vous. Chacun de mes gestes, je le fais pour vous. Ma force de continuer, je la puise en vous, dans l’amour infini que je vous porte.
Je m’endors, épuisée.
Le matin, au réveil, je suis sans forces.
Je te parle, t’avoue que j’ai surpris des phrases. J’ai besoin que tu me rassures. Tu t’effondres dans mes bras : « Maman, je te jure que je plaisantais. »
La matinée passe, sans âme. Omar m’a tué…
A midi, je craque. Les larmes jaillissent alors que j’ouvre la porte de la maison. Je me jette sur le premier canapé. Je pleure sans bruit mais tu as entendu.
Tu sais qu’il se passe quelque chose et tu quittes la table pour me prendre dans tes bras. Toi aussi, tu pleures…
Nous restons ainsi longtemps, dans les bras l’un de l’autre. Tu me rassures : « maman, je t’aime plus que tout. Tu es tout pour moi. Ce matin, je n’ai pas arrêté de penser à toi. Je suis triste de t’avoir fait de la peine ». On se promet d’oublier, que tout ça ce n’est rien. Tu me promets de ne jamais te faire de mal…
L’après-midi, je me rends au lycée le cœur lourd. Maintenant, les « félicitations », je m’en fous. Je me dis que tu as de super notes, que tu travailles bien, alors ce n’est pas grave si tu bavardes un peu, si tu essaies peut-être ainsi de te mettre au diapason, de ne pas être super « parfait », d’être comme les autres, un enfant qui grandit, qui se découvre, qui se cherche encore… Je t’aime et j’ai juste peur de mal réagir, de trop t’en demander…
« Nabil B., excellent trimestre, félicitations » Ta prof de latin s’insurge : « Oui, mais tout de même, parfois il répond comme s’il était le seul élève de la classe ! » Aucun prof ne relève sa remarque. « Je t’emmerde connasse d’option de merde. L’année prochaine, je lui enlève le latin et tu vas réciter tes « post tenebras lux » ailleurs. Ton cours, c’est de la merde. Les gosses tu les dégoûtes alors que tu n’es qu’une ‘option’ et que tu devrais tout faire pour qu’ils continuent à la prendre ta langue morte de mes deux ! » Ma propre violence intérieure me tue mais je ne peux m’empêcher de sortir les griffes. Si un seul prof s’y oppose, pas de « félicitations ». Et je vois déjà mon ange effondré de m’avoir fait du mal même si j’ai bien pris la précaution de lui dire, avant le conseil, que je ne lui en voudrais pas.
J’ai peur de me tromper. Je vous protège trop. Pire encore, peut-être qu’à trop vous aimer, je vous aime mal. Peut-être qu’à trop me priver de vivre pour être le plus possible près de vous, je vous étouffe.
Et aujourd’hui, me voilà moi qui étouffe de peine, de peur de mal vous accompagner vers cette période de merde d’adolescence que je déteste.
Dont je me souviens de presque chaque jour…
J’étais si lucide, je vous en supplie, soyez-le aussi.
Ne me quittez pas comme ça.

Commentaires

WAWWWWWWWWWWWWWWWWt'es de retour et en fracas comme d'habitude ....je t'embrasse fort , trés contente de ton retour et dire que ça ne fait pas longtemps que je t'ai sorti de mes liens j'avais perdu espoir ...
Là je suis bien contente trés contente vraiment ...
Je pars bosser , je te retrouve plus tard.Trés bonne journée .
(mince t'étais là depuis le 5 !!!?JE N'AI PAS VU )

Ecrit par : soulef | mercredi, 26 mars 2008

trop beau, la chair de poule. tu es une maman exemplaire... Nabil ne te le dit peut-être pas, mais tu es la femme de sa vie.

Ecrit par : 24faubourg | mercredi, 26 mars 2008

C'est dur... je suis si triste... Je n'arrive pas à me ressaisir. Ca va passer, je sais mais là c'est dur. merci les filles, je vous adore!

Ecrit par : Absolute | mercredi, 26 mars 2008

les enfants d'auj granidssent trop vite en brulant les etapes (visite les blogs sur skyblog et tu verras :s) et je ne parle pas des histoires qu'on raconte ici et la. cette fille n'est pas une exception
le travail de maman n'est pas du tout facile!! absolutely

IK

PS on enseigne du latin?

Ecrit par : imperator | mercredi, 26 mars 2008

C vrai... et tout les enfants ne sont pas élevés de la même façon. J'entends de ces trucs en conseil de classe... Des enfants livrés à eux-même. Mourad est un enfant normal, même très mûr, mais il est confronté à des cons, vraiment il n'y a pas d'autre mot...
Oui, on enseigne le latin en option...

Ecrit par : Absolute | jeudi, 27 mars 2008

Absolute bonjour , je cours , je cours ...il faut que je prenne le temps de lire toutes tes derniers billets tranquillement et t'en parler des miens , ce n'est pas de la tarte non plus ...ils sont mignons mais surprenants , là ce matin déjà il faut que je gueule mille fois "dépêche-toi" !
Excellente journée Absolute à plus ...

Ecrit par : soulef | vendredi, 28 mars 2008

La Femme est un SurHomme ;-)))

Keep going :)

www.cigv-online.com

Ecrit par : elgreco | dimanche, 30 mars 2008

Bonsoir.
Bonne postage,
Merci

Ecrit par : David Santos | lundi, 19 mai 2008

Trés bonne fête extraordinaire maman.

Ecrit par : soulef | dimanche, 25 mai 2008

jdécouvre juste ce blog jsais même pas comment chui tombé dessus mais voila j y suis et j en suis trés heureuse et jvx juste dire WAWWWW moi j ai 23ans et encore la petite fille de mes parents et vrm ce ke j ai lu m a bcp touché vrm bravoo ^_^

Maya

Ecrit par : maya | mercredi, 13 août 2008

Future maman,
Je me rappelle toutes les histoires que j'ai fabulé sur mes parents, quand j'avais 12 à 14 ans.

Il parait que c'est un passage "normal", imaginatif, mais sans méchanceté qui aide l'enfant à évoluer, à s'imaginer dans des situations différentes, à voir le regard des autres s'il était différent.

Ecrit par : Jemima Khan | jeudi, 25 juin 2009

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